Le toucher est-il, selon vous, encore un tabou dans notre société ?

Pensez-y…

Beaucoup de personnes souffrent d’un manque de contact corporel. C’est le sens le plus réprimé. Passons brièvement à travers ceux-ci ; la vue, le goût, l’odorat, l’ouïe et le toucher.
Nous pouvons regarder, observer sans contrainte. La vue est d’ailleurs probablement le sens le plus sollicité et excité par toutes sortes de messages, images et invitations. Pensons simplement aux publicités, aux livres de recettes, aux vidéos circulant sur le net, les films, les livres pour enfants. Les images sont, de nos jours, à la base de la communication sociale.
Nous pouvons goûter, savourer, déguster sans contrainte non plus. Prenez le temps de percevoir les saveurs de vos plats préférés, de chercher les arômes subtils d’un vin, de laisser fondre ce chocolat sur votre langue, jouez avec les saveurs pour créer des choses exceptionnelles.
Nous pouvons sentir, respirer librement. Qui vous en interdirait ? La respiration est source de vie ! Humer les fleurs et les parfums de vos savons, de vos crèmes. Sentez ce qui se dégage de vos repas alléchants, percevez les odeurs subtiles de vos légumes fraîchement cueillis. Personne ne vous reprochera de prendre le temps de sentir quelque chose.
Nous pouvons écouter sans problème ! D’ailleurs au même titre que la vue, dans notre société, tout le monde parle, discute et échange sans cesse. Nous tendons l’oreille pour connaître les dernières nouvelles, pour savoir les potins sur un ou sur l’autre, nous sommes attentifs à ce que nous regardons à la télévision. Nous écoutons la musique, les gens qui nous entourent, nous écoutons même le silence parfois.

…mais sentez-vous que vous pouvez toucher aussi librement ?

La poignée de main avec un collègue suffit amplement. On ne se fait pas toucher par nos proches mais on consulte les massothérapeutes. On s’excuse dès qu’on accroche quelqu’un. On veut que les enseignants gardent leur distance avec nos enfants, surtout pas de câlin, de toucher réconfortant. Certains parents sont mal à l’aise à vivre une certaine proximité avec leurs enfants. Le toucher est sans contre dit le sens le plus réprimé car il fait appel, au plus profond de nous, à une connotation sexuelle. La société nous présente le toucher dans ce sens, des images et des peurs, des craintes face à ce dernier prennent place dans nos esprits fragiles. Le toucher est perçu avec un doute constant…….ce questionnement : est-ce que son toucher est vrai et sincère ou y aurait-il une intention derrière ? On se pose la question, tout le monde peut en témoigner. Est-ce qu’il fait cette bise pour me lancer un message. Est-ce que ce câlin est une porte ouverte pour aller plus loin dans ses intentions. À quoi pense-t-il lorsqu’il prend mon enfant sur ses genoux pour le réconforter ?
Le toucher nous fait peur mais pourtant nous en avons tellement besoin !
Le toucher est le premier sens à se développer. Remarquer vous-même, lorsque vous voyez quelque chose de beau, de nouveau, d’intriguant, d’intéressant…….qu’êtes-vous porté à faire ?

Nous avons besoin de toucher.

« Il ne viendrait à l’esprit de personne de se priver de la vue en se bandant les yeux, de l’audition en se bouchant les oreilles. Et pourtant tout est fait pour que les hommes prennent constamment leurs distances les uns par rapport aux autres. On peut sans arrêt se couper la parole, mais on doit s’excuser à table d’avoir frôler son voisin en attrapant la carafe d’eau. Ni totalement ni constamment interdit, le toucher est certes accepté dans certaines circonstances et sous quelques conditions bien établies, mais alors il est profondément codifié » – Joël Savatofski (pratiques corporelles)

Karine Desmarais,
Massothérapeute