Le moulage de son placenta : inspirant ou dégoûtant ?

Lors de ma première grossesse, je n’ai pas pris le temps de me questionner sur la place qu’occupait mon placenta. Il était là, dans mon ventre, mais ma tête était préoccupée par quelque chose de beaucoup plus important : la création de mon petit être à moi. La tête remplie d’émotions, je cherchais des idées tout autour de moi, pour l’accueillir au meilleur de mes connaissances. Par quoi devais-je commencer? Les couleurs de la chambre, la grandeur des vêtements, le modèle du siège auto, la forme de la poussette ou encore le choix des jouets? J’étais concentrée en permanence sur les meilleures options à prendre. Je voulais être prête, lorsque le moment serait venu.

Et comme plusieurs, le médecin n’avait pas prévue la date exacte de mon accouchement. Encore une fois, la tête submergée par l’excitation, j’ai dû prendre des décisions pour favoriser les contractions : bouger, m’étirer, respirer, manger, m’allonger. Quand enfin, les larmes aux yeux, j’ai vu mon petit être, je me suis senti soulagée. Mais je n’avais pas encore terminé. Après quelques poussées, l’infirmière a dirigé mon regard et m’a montré à quoi ressemblait mon placenta. Cet organe unique que j’ai également porté dans mon ventre durant 9 mois. C’est à cet instant que je me suis dit intérieurement : « je ne me suis pas préparée à cela ». Je l’ai alors observé et ne sachant pas quoi dire de plus, j’ai laissé l’infirmière s’éloigner en emportant mon placenta avec elle.

En y repensant aujourd’hui, j’aurais aimé immortaliser mon placenta. Depuis juillet 2017, le placenta n’est plus considéré comme un déchet biomédical. À la naissance de son enfant, un parent peut le réclamer. Le parent en question peut alors le récupérer et en disposer comme bon lui semble. Plusieurs rituels entourant le placenta sont perçus comme étant dégoûtants. Par exemple, la placentophagie qui consiste à le consommer une fois encapsulé. Il y a également la pratique nommée la naissance lotus, qui repose sur le principe de ne pas couper le cordon ombilical afin de le laisser tomber par lui-même après 5 à 10 jours. Aussi, il y a la mise en terre du placenta à un endroit choisi, bien souvent son jardin. Ou encore, le moulage en plâtre et l’empreinte placentaire qui implique de le garder pour ensuite créer une œuvre issue de son propre sang.

En se renseignant davantage, on arrive à comprendre ce qui pousse certaines personnes à choisir l’un de ces rituels. Durant la grossesse, le placenta apporte eau, nutriments et oxygène à notre petit être pour combler les besoins nécessaires à son développement. Le placenta sert de lieu temporaire d’échange entre la mère et son enfant. Toutefois, nous y portons peu d’attention jusqu’au moment de la délivrance. Le placenta est appelé arbre de vie parce que ses veines ressemblent à des racines. Il est un organe éphémère. C’est pourquoi les rituels sont si inspirants, car ils permettent d’en faire le deuil et d’en garder le souvenir.

Par : Audrey Paquette, artiste professionnelle