Quand j’ai rencontré mon homme, à l’âge de 19 ans, je lui ai rapidement dit que mon rêve absolu était d’avoir 6 enfants…

Après avoir pratiqué le RCR sur lui durant de longues minutes, j’ai réussi à le réanimer, et sa voix haletante m’a indiqué que lui, il penchait plus pour 1 ou 2 enfants, mais qu’il serait prêt à se rendre à MAXIMUM 3 enfants.

De mon bord, je lui ai dit que je serais prête à descendre à 4, mais on s’est entendu que…on commencerait par se rendre à 3, et qu’après on verrait.

4 ans plus tard est née une belle Lilianne en décembre 2012.

Puis, 27 mois plus tard, une Mandoline adorée en mars 2015.

Puis, encore 27 mois plus tard (décidément, on est réglés comme une horloge!), une jolie Salomé est née en mai 2017.

À travers ces naissances, mon mari s’est réorienté, et est passé de technicien de scène à officier dans la marine marchande (oui oui, comme dans la toune des Cowboys fringants, je sais, je sais, vous n’êtes pas la première à me le dire, Madame). Je m’autoproclame donc mère monoparentale saisonnière –  je ne prétends toutefois pas avoir le véritable fardeau d’une maman solo, car même si mon chéri est absent de 6 à 8 mois par année, il gagne un bon salaire et me supporte moralement à distance.

De sorte que, il faut bien l’admettre, j’ai la broue dans l’toupet! Mais même si j’étais débordée (si seulement j’avais su que des services de relevailles existaient!), jusqu’à récemment, je m’agrippais désespérément à mon rêve que de concevoir tout de même un 4e enfant comme un chiot refusant de céder à son maître le frisbee de ses amours. Je refusais de renoncer à ce rêve que j’arrosais depuis tant d’années, que j’avais défendu tant de fois auprès de mon homme. Ce petit être humain, dans mon âme, dans mon cœur, existait, et ne pas lui donner vie me donnait l’impression de le tuer, et de trahir mes beaux rêves de jeunesse. Vous savez, ces rêves de jeunesse si beaux, si purs, qu’on s’est promis de ne jamais abandonner quoi qu’il arrive, de ne jamais trahir, parce que renoncer à eux c’est admettre qu’on est un adulte plate et plein de peurs?

J’ai fini par le regarder droit dans les yeux, ce rêve d’un 4e enfant, et j’ai compris que dans l’absolu, dans une autre vie ou une autre dimension, il y a de la place dans mon cœur pour lui. Une place immense et douillette.

 Mais que dans cette vie, pieds nus dans la réalité, ce serait trop pour mes capacités psychologiques et organisationnelles que de me doter d’un 4e centre à mon univers. Que des nuits entières à consoler un bébé qui hurle sans un papa qui prend le relais de temps en temps, j’en ai passé à la pelletée. Ces soirées à me lever de mon divan aux 2 minutes parce que Lilianne vomit, Mandoline est en crise d’asthme et Salomé a un énième microréveil, elles ne sont pas loin derrière moi, et elles font même encore partie de mon quotidien.

Pour parfaire ce deuil, j’ai participé à une tente rouge et j’ai même fait un soin rituel rebozo. Ainsi, du jour au lendemain, je me suis sentie en paix avec cet aboutissement de réflexion, et j’ai dit adieu à ce 4e bébé, et à la jeune Véro de 19 ans qui, comme la fille du groupe Mes Aïeux, rêve la nuit d’une grande table entourée d’enfants.

Véronique Foisy
Auteure du livre « Un ventre plein de promesses » en vente au Centre pause santé maternité
Rédactrice web