« Laisser pleurer » ou ne pas « laisser pleurer » un bébé, telle est la question que se pose bon nombre de futurs et nouveaux parents qui n’ont pas tous la même définition du concept. Car au fond, c’est quoi concrètement « laisser pleurer » un bébé?

Prenons le fameux exemple de la méthode d’endormissement. Plusieurs mères, à priori, sont certaines qu’elles ne laisseraient jamais pleurer leur nourrisson. Mais les mois s’accumulent et elles en viennent à abdiquer. Elles sont rendues là, elles sont épuisées et voient cette méthode comme leur derniers recours.

Certaines pratiquent donc le 5-10-15 (minutes ou secondes). Quelques-unes restent au chevet de leur bébé pour essayer de le calmer : elle ne le laisse pas pleurer seul.

Et vous, quelle est votre définition du concept «laisser pleurer un bébé»?

Allons voir l’explication scientifique

Les longs moments de stress que subit l’enfant peuvent affecter son cerveau, car des hormones toxiques sont secrétées lors de ces crises. Plus il y a d’épisodes stressants dans la vie de ce petit être, plus il y a des risques de conséquences à courts et/ou longs termes pour lui. Le cortisol peut demeurer jusqu’à plusieurs heures, jours, voire même semaines dans son petit cerveau.

Ce stress vécu en début de vie peut causer la mort de cellules de l’hippocampe (partie du cerveau qui joue notamment un rôle central dans la mémoire), ainsi que son rétrécissement, de sorte qu’ils pourraient ne pas développer les bons mécanismes de réponse au stress.

Réconfortez-le rapidement!

Consoler systématiquement votre progéniture durant les premières années de vie lui permettra de réguler efficacement la gestion de son stress par lui-même. Vous l’aiderez assurément à le rendre autonome sur ce précieux aspect de la vie.

Plus le parent est présent lors de ces moments de crises, plus l’enfant a de chances de développer:

  • un équilibre émotionnel ;
  • une bonne capacité de réflexion ;
  • une capacité de concentration accrue ;
  • un système immunitaire efficace.

Les tristes conséquences

Le nombre d’adolescents et d’adultes souffrant de troubles de l’anxiété et de dépression est malheureusement en croissance, et plusieurs scientifiques ont établi un lien entre le stress précoce et ces conditions.

Voici les troubles que pourraient développer les bébés ou enfants laissés trop souvent à eux-mêmes en moments de crise:

  • troubles de l’anxiété ;
  • troubles respiratoires (ex. asthme) ;
  • troubles du sommeil ;
  • troubles digestifs ;
  • troubles alimentaires ;
  • fatigue chronique ;
  • syndrome du côlon irritable ;
  • tensions musculaires ;
  • crise de panique ;
  • maladies cardiaques ;
  • hypertension ;
  • maux de tête.

… à plus long terme :

  • dépression ;
  • alcoolisme ;
  • idées suicidaires ;
  • diverses maladies reliées au stress.

Assurément, certains enfants ayant vécu ces épisodes stressants sur une base fréquente s’en tireront avec une légère névrose. Mais il est impossible de prédire lesquels développeront des névroses qui les handicaperont toute leur vie.

Pour conclure, il faut surtout retenir que ce ne sont pas les pleurs en tant que tel qui sont nocifs pour le développement du cerveau, mais bien le long moment de stress vécu par l’enfant. Et que même si un bambin « a appris » à s’endormir seul avec une méthode de pleurs contrôlés, il n’a pas nécessairement arrêté de souffrir. Il a seulement arrêté d’appeler à l’aide, car personne ne répondait à son important besoin de réconfort.

Karine Le Sage
Accompagnante à la naissance

*Source :

La science au service des parents, Margot Sunderland, Hurtubise

La discipline sans drame, Dr Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson, Guy Saint-Jean éditeur

Un sommeil paisible et sans pleurs, Élizabeth Pantley, ADA éditions