Crédit photo : https://pin.it/ihbqyerfdsp3ha

L’accouchement est un événement alchimiste ô combien merveilleux, parfois stressant et douloureux, mais surtout fondateur du lien d’affection entre une mère et un enfant. La création du lien d’attachement commence à se construire dès les premiers balbutiements de ce moment charnière, et même avant : pendant la grossesse. La science (la psychologie périnatale, pour être précise) a établi que le foetus a une certaine conscience son environnement et est réceptif à la tendresse parentale. Ainsi, parler au fœtus, l’enrober de suavité alors qu’il baigne toujours dans l’utérus bienveillant établit un premier contact fort : un premier contact phare.

Après la naissance, plusieurs mécanismes naturels sont mis en place pour favoriser l’établissement de ce lien d’amour qui vous fera aimer votre enfant inconditionnellement, et qui fera de vous sa personne-ressource ad vitam aeternam. Comme le dirait Anna dans Frozen : « It’s true love! »

Les hormones de l’accouchement : les meilleures matchmaker qui soient

Lors de l’accouchement par voie naturelle, des hormones comme l’ocytocine, l’endorphine et plusieurs autres hormones sont sécrétées. Mais à quoi servent-elles ?

 L’ocytocine a plusieurs effets sur la régulation des émotions, dont la diminution du stress. Cette hormone déclenche le processus de contractions utérines essentiel à un accouchement par voie basse. Elle est la clé pour réussir un enfantement 100% naturel. Dans le cadre d’une naissance certes par voie basse, mais médicamentée, cette hormone peut être induite artificiellement à la patiente qui reçoit alors de l’ocytocine synthétique pour stimuler son travail ou conférer de nouveaux paramètres à ses contractions (les rendre plus longues, plus fortes, plus régulières, etc.).

Crédit : Esther Edith https://estheredith.com/newborn-photography/

Fait intéressant : l’ocytocine est également produite lors de l’orgasme sexuel, ainsi que pendant l’allaitement. Elle est plus souvent qu’autrement appelée l’hormone de l’amour, c’est donc dire qu’on est sur la coche en disant qu’elles sont de redoutables matchmakers!

L’endorphine, quant à elle, est surnommée l’hormone du bonheur. Elle joue un rôle dans le contrôle de la douleur lors de l’accouchement. Elle altère l’état d’esprit de la femme en travail qui peut alors véritablement plonger dans une espèce de « bulle », dans une zone floue et vaporeuse en-dehors de toutes notions d’espace-temps. Autrement dit, la future mère, stone de cette hormone alliée, tantôt euphorique, tantôt somnolente, en «perd des bouts»!

En postnatal : peau à peau, peau à peau et… peau à peau!

On va se l’avouer, la pleine collaboration de ces deux hormones est gage d’un accouchement qui va rondement, mais on ne leur remet pas leur T4 une fois que le bébé est né. Non non non!

Une fois que vous aurez éjecté votre placenta et qu’on vous aura recoud la vulve, il sera temps de commencer à créer un lien d’attachement avec ce petit chérubin qui hurle, boit, dégobille et dort. Ce lien sera, dans le futur, crucial pour que cet enfant et futur adulte entre positivement en contact avec le monde. Mais dans l’immédiat, il faut surtout que ce petit paquet d’amour développe un sentiment de sécurité avec ses parents qui multiplieront les quêtes chevaleresques pour combler ses besoins physiques et affectifs.

Crédit photo: Capteuse de vie photographie par Valérie Turcotte

Le contact en peau à peau, truffé de beaux avantages, stimule grandement l’établissement de ce lien. Il a, entre autres, un effet calmant sur le bébé qui sécrète alors les mêmes hormones de bonheur et d’amour que sa maman. L’allaitement, grandement stimulé par les séances en peau à peau qui aiguillonnent les hormones liées à la lactation, est un véritable portail qui achemine le duo mère/enfant directement sur le nuage de Cupidon. Pour l’autre parent, le contact en peau à peau est une merveilleuse occasion d’apprendre à connaitre ce petit être humain qu’il n’a pas eu le chance de porter dans son ventre, et d’obtenir aussi son billet pour le nuage du petit ange lanceur de flèches en forme de cœur!

Pour conclure

Je veux finir en rassurant les femmes qui donneront naissance par césarienne : vous ne serez pas stériles d’hormones! Votre corps intelligent et amoureux produira aussi ces belles hormones auxquelles vous pourrez donner un coup de pouce en multipliant les séances en peau à peau et en allaitant – si tel est votre désir, évidemment!

Un petit message à l’intention des femmes qui vont bientôt accoucher : profitez de ces moments de bonheur et d’amour si éphémères – puisque malheureusement, votre petit amour ne restera pas mini-mini toute la vie! N’oubliez pas d’inclure votre partenaire dans l’équation pour que l’amour et la tendresse coule à flot dans votre chaumière!

Bonne St-Valentin!

Catherine Leroux, avec la collaboration particulière de Sandra Lemieux, stagiaire en sexologie

Pour apprivoiser ce monde d’hormones magiques, je vous invite à mieux vous préparer lors des cours prénataux ou de simplement participer à l’atelier gestion de douleur!

Sources :

Centre littéraire de santé du CHUM (2018) Le contact peau à peau : un plaisir partagé. 2 p. Consulté : https://www.chumontreal.qc.ca/sites/default/files/2018-06/16-3-contact-peau-a-peau.pdf

Gagnon, R. et Hébert, E. (2013). Le travail et l’accouchement : la préparation, l’accompagnement et les méthodes pour composer avec la douleur. Le portrait d’information périnatale. 61 p. Consultée : https://www.inspq.qc.ca/Data/Sites/8/SharedFiles/PDF/travail-et-accouchement-preparation-accompagnement-et-methodes-pour-composer-avec-la-douleur.pdf

Goyon, S., & Charlet, A. (2018). Ocytocine, douleur et émotions. Douleurs : Évaluation-Diagnostic-Traitement, 19 (6), 258-264.

Institut national de la santé publique du Québec. (2019) Peau à peau. Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à l’âge de deux ans. Guide pratique pour les mères et les pères. Consulté : https://www.inspq.qc.ca/mieux-vivre/accouchement/les-premiers-jours/peau-peau

Martin-Du Pan, R. C. (2012). L’ocytocine : hormone de l’amour, de la confiance et du lien conjugal et social. Revue Médicale Suisse, 8, 627 – 630. Consulté : https://www.revmed.ch/RMS/2012/RMS-333/L-ocytocine-hormone-de-l-amour-de-la-confiance-et-du-lien-conjugal-et-social

Maury, M. (2008) Développement affectif du nourrisson. L’installation précoce de la relation mère-enfant et son importance. Consulté http://www.medecine.ups-tlse.fr/d cem3/module03/08.DEVELOPPEMENTAFFECTIF (3-3.pdf

Odent, M. (2018). L’Amour scientifié : Les fondements biologiques de l’amour. Le Hêtre Myriadis, 160 p.

Pierrehumbert, B. (2003). Le premier lien. Théorie de l’attachement. Odile Jacob, 416p. 

Vidéo :

Clotteau, B. (2015). La relation d’attachement et de détachement avec l’enfant. Consulté : https://www.youtube.com/watch?v=axFu6Wtfze0

Courroux, V. (2014). Ocytocine. Consulté : https://www.youtube.com/watch?v=P-UedmtFoCM